Ne nous volez pas le 1er mai !

Adopté au Sénat, le texte passe à l’Assemblée nationale ce 22 janvier

S’attaquer au 1er mai c’est remettre en cause cent ans d’histoire de luttes sociales, et de reconnaissance du droit au repos

Si le 1er mai est aujourd’hui le seul jour férié obligatoirement chômé et rémunéré dans le Code du travail, c’est qu’il a une très longue histoire ! Il existe depuis plus de cent ans, marqué à la fois par la revendication de diminuer le temps de travail et par la répression violente provoquée.
D’abord avec les manifestations mortelles à Chicago en 1886 où les syndicats ouvriers états-uniens revendiquent la journée de huit heures, puis en France avec la fusillade sanglante de travailleurs à Fourmies dans le Nord le 1er mai 1891. Le 1er mai devient une journée chômée en avril 1919, détournée sous le régime de Vichy en « fête du travail ».
À la suite du Conseil national de la Résistance, elle est réintroduite à partir de 1946 avant d’être instituée définitivement comme jour férié, chômé et payé. Fériée dans 24 des 27 pays de l’Union européenne et dans la plupart des pays du monde, la journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et travailleurs n’est pas un jour férié comme les autres !

C’est une journée :

  • de mémoire, pour celles et ceux qui ont payé de leur vie le progrès social ;
  • de luttes, pour les droits d’aujourd’hui et de demain ;
  • de solidarité internationale, face à un capitalisme toujours plus violent.

Le 1er Mai n’est ni une fête commerciale, ni un jour férié ordinaire.
C’est le seul jour férié obligatoirement chômé et payé, parce qu’il symbolise les luttes du monde du travail.

Une première brèche pour nous voler un jour de repos rémunéré

La proposition de loi prévoit d’étendre la dérogation aux « commerces de bouche » (boulangeries, boucheries, traiteurs, etc.), aux commerces de vente alimentaire au détail (primeurs mais aussi supermarchés), aux fleuristes et aux établissements culturels (cinémas, musées…).
Elle a donc vocation à concerner des centaines de milliers de salarié·es de ces secteurs, et ouvre en plus une brèche dangereuse. En effet, une fois qu’un principe saute, on sait malheureusement que la dérogation s’étend progressivement.
Depuis plusieurs années, les gouvernements successifs et le patronat cherchent à remettre en cause le sens même du 1er Mai :

  • extension du travail le 1er Mai,
  • dérogations multiples,
  • remise en cause du repos obligatoire,
  • discours visant à culpabiliser les salariés.

Derrière ces attaques, une logique claire : affaiblir les droits collectifs pour imposer toujours plus de précarité.
Accepter de travailler le 1er Mai, c’est ouvrir la porte à la remise en cause de tous les jours fériés et de tous les temps de repos.

L’illusion du volontariat et des majorations

Pour nous attirer on nous parle de majorations, et pour nous rassurer on prévoit le volontariat… Or l’expérience de la banalisation du travail le dimanche nous apprend qu’une fois que le travail se normalise il n’y a très vite plus de majorations.
D’ailleurs la « majoration » actuelle est très relative, sachant que les salarié·es qui ne travaillent pas le 1er mai sont par principe déjà payé·es… Heureusement qu’elles et ils sont payé·es « double » s’ils et elles travaillent ce jour-là : être payé·e une fois en plus pour travailler une journée de plus, ça n’est pas une majoration !
Quant au volontariat, les salarié·es savent à quel point il s’agit d’une fiction dans le contrat de travail caractérisé par le lien de subordination. Comme pour le dimanche, les employeurs obligeront les salarié·es à travailler le 1er mai sous peine de licenciement, ou de non-recrutement (c’est-à-dire un chantage au moment de l’embauche).

Croire que le ou la salarié·e peut refuser de travailler le 1er mai c’est croire qu’il ou elle négocie son contrat de travail…

Envisager que des salarié·es puissent être volontaires révèle surtout que les salaires sont trop faibles ! Quand on a le choix, on est content d’avoir un jour férié comme le 1er mai.
Ce qui nous est proposé c’est la remise en cause d’un jour de repos rémunéré.

Pour manifester, pour être en famille, pour profiter d’un repos souvent bien mérité, pour avoir des temps de société partagés, défendons notre 1er mai !

Imprimer cet article Télécharger cet article